La seigneurie de Coatanlan-Kerjanégan.

Avant de lire la description de cette seigneurie, il convient de lire « Cavan-Caouënnec au Moyen-Age ».


    Nous reprenons ici la synthèse de Yannick Botrel1 en précisant les autres sources:
« Cette seigneurie s’étend sur les paroisses de Caouënnec, Cavan et relève en appel de la cour de Guingamp2.

    La seigneurie de Coatanlan, dont le manoir est à Cavan, exerce la moyenne justice et son seigneur est fondateur et premier prééminencier de l’église paroissiale (de Cavan).

    La seigneurie de Kerjanégan en Caouënnec possède une juridiction qualifiée de moyenne en 1642 puis mentionnée basse le siècle suivant. Elle a le titre fondateur et premier prééminencier de l’église tréviale (de Caouënnec) et étend son fief au cimetière et au presbytère de Caouënnec.

    Dès 1518 au moins les deux juridictions sont réunies.

    On trouve au XVIIIe siècle des mentions contradictoires sur le niveau de justice. Tantôt qualifiée de basse s’exerçant au faubourg de Chef-du-Pont à La Roche-Derrien, tantôt de haute3, la justice de Coatanlan-Kerjanégan est en réalité moyenne4 et basse ».

1. Voici la succession des seigneurs de Coatanlan-Kerjanégan5 :

Au XVe siècle :

    Dans la Réformation des Fouages en 14266, Jean Le Treut l’ainé et Olivier sont attestés à Cavan et la métairie Le Lan, appartenant au sire de Kernevenoy, a alors pour métayer Yvon Huon.

    « Seigneurie de Coëtloury : Concession d’un droit de tombe dans l’église du treff de Couhannec, par les procureurs de la fabrique, à Olivier Le Treut, seigneur de Kerherlit en 1475. Donation par Jean Le Treut, à Hervé de Coathéloury, de deux tombes près du marchepied du grand autel en 1515 7»

    Les descendants de Jean Le Treut, liés à Coatanlan-Kerjanegan, sont donnés en annexe.

    « Fief de Guerguiniou-Kergrist : Nomination et déclaration des terres et héritages dont et des quieulx deffuncte Jehanne Hemery, dame en son temps de Kernevenoy, de Lohou, et auxi de Kerjanégan, décéda possesseure et saisie soubz et ou fié lige de noble Conan Cariou, signeur de Guernguyniou, sauff et exceptée une tierce partie que compète et appartient à Marie Héméry, famme espouse de noble escuier Guillaume Boterel, signeur de La Villaudon, à cause de son droit et advenant des successions de ses père et mère, comme juveigneure et seure germaine d’icelle deffuncte ; icelles choses sises et situées au treff de Couhaunec, en la parouesse de Cavan ; quelle nominacion nobles homs Charles Kernevenoy, signeur du dudit lieu de Kernevenoy, comme garde naturel de noble escuier Philippes Kernevenoy, son fils aisné, principal héritier noble d’icelle deffuncte sa mère, baille et présente pour certification du mynu afin du rachat deu à cause du décès d’icelle deffuncte, quele décéda le 28e jour de juillet derrain (aout 1478) 10».

Au XVIe siècle :

    En 1518, Philippe de Kernevenoy, le précédent, est seigneur de Coatanlan et Kerjanegan et conduit Antoine de Grignaulx14, évêque de Tréguier, à publier un mandement, pour maintenir ledit seigneur dans les droits de ces prédécesseurs, en tant que fondateurs et patrons de l’église tréviale de Couhennec15 .

    « Hommage par Guillaume de Kernechriou, procurateur de Dame Françoise de La Baulme, comtesse de Montrevel, curatrice de Charles de Kernevenoy, pour la seigneurie de Coatanlan et Kerjanégan, emplacement de colombier, taillis, moulins, fief et juridiction18 ».

    « Dame Françoise de La Baulme, comtesse de Montarbel, tutrice de Charles de Karnavanoy son fils (1574)19»

    L’hôtel Carnavalet (Musée Carnavalet), 23 rue de Sévigné, dans le quartier du Maris à Paris 3e, nous rappelle cette alliance. « L'Hôtel Carnavalet avait été construit en 1544 par Pierre Lescot pour le compte de Jacques de Ligneris, président à mortier au Parlement de Paris. Le président de Ligneris mourut en 1556, laissant son hôtel à son fils, Théodore des Ligneris, capitaine de cinquante hommes d'armes, qui le conserva jusqu'à son mariage avec Françoise de Billy. Dès l'année suivante, 1578, il le vendit à Françoise de la Beaume, veuve de François de Carnavalet, Kernevenoy de son vrai nom breton. Ce seigneur, qui avait été l'un des favoris d’Henri II, et gouverneur du duc d'Anjou, alors régnant sous le nom d’Henri III. La dame de Carnavalet, qui devait laisser définitivement son nom à cet hôtel, ne le conserva que vingt quatre ans. Elle le revendit en 1602 à Florent d'Argouges, trésorier de la reine Marie de Médicis20».

    Charles ne semble pas avoir de descendants et la seigneurie de Coatanlan-Kerjanégan passe alors probablement dans la branche de sa tante Marie de Kernevenoy mariée en 1532 à Bertrand Fleuriot, seigneurs de Kernevenoy (alias Carnavalet ou Kernavalet)21. Bertrand Fleuriot est aussi seigneur de Kernabat (alias Carnabat) en Plouisy22 et seigneur de Coatguennou en Pleudaniel23.

Au XVIIe siècle :

    « Aveu par Charles Penfeunteniou et Marie Fleuriot, sa femme, pour les seigneuries de Coatanlan, en Prat et Cavan, et Kerjanégan, en Cavan, Caouënnec et Prat, ayant toutes deux moyennes justices 29».

    « Corentin de Penfeunteniou accorde ferme de la terre de Coatanlan et Kerjannegan à René Groleau pour 315 livres par an30 ».

Au XVIIIe siècle :

    En 1720 la Capitation de Tréguier cite dans Lannion: « Madame de Kermoru veuve et enfants huit livres » : donc Corentin de Penfeunteniou est probablement décédé avant cette date.

- Joseph-Vincent Jascob, fils des précédents, sieur de Keroriou (lieu à localiser), avocat au Parlement, décédé le 29 septembre 176933 34 à Lannion, en 1767.

    « Minu présenté à la seigneurie de Guingamp par Marie-Jascob de Kerjégu pour le rachat acquis à la seigneurie par le décès de son frère Yves Jascob37 ».

2. Lien avec l’abbaye de Bégar38 :

    La généalogie des seigneurs de Coatanlan-Kerjanegan montre des liens proches avec des abbés et moines de l’abbaye de Bégar ; les voici dans l’ordre d’apparition des patronymes dans la descendance de Jean Le Treut.

    Un frère Olivier Le Treut est procureur de l’abbaye de Bégar le 14 octobre 1434 et novembre 1440 où il est dit à Bégar depuis plus de 40 ans.

    Un frère Guillaume Hémery est procureur à l’abbaye de Bégar en décembre 1392.

    Un Guillaume de Kernevenoy est frère à l’abbaye de Bégar en octobre 1414, février 1523, juin 1526, octobre 1534.

    Guillaume de Kernevenoy, dit oncle du suivant, est abbé de l’abbaye de Bégar de 1526 à 1559,

    Claude de Kernevenoy, frère de François ci-dessus, est abbé de Bégar de 1561 à 1573.

    Pierre de La Beaume est abbé de Bégar de 1575 à 1594.

    Jean Fleuriot est abbé de Bégar de 1595 à 1614.


    A noter Bertrand de Kerleau frère en avril 1512, mai 1515, février 1523, juin 1526, octobre 1534, Jehan de Kerleau frère en avril 1512, février 1523, juin 1526, Christophe de Kerleau en octobre 1534, mars 1543, François Hemery en mai 1538 sont moines abbaye de Bégar.

    Le pont sur le ruisseau du Roudourou39 entre Coatanlan et Kerjanneagan est sur la route empruntée par les moines de Bégar pour se rendre de l’abbaye à leur grange de Penlan à Lannion et à leur domaine de Penlan en Trébeurden, ce point est environ à mi distance entre Bégar et Lannion , donc il n’est pas étonnant de trouver des liens entre abbés ou moines de Bégar et les seigneurs de Coatanlan-Kerjanegan.

    En 1576, l’abbé ne réside plus dans l’abbaye40 et après 1614 (après l’abbé Jean Fleuriot) l’abbé de Bégar est un grand personnage de France; dès lors les propriétaires de la seigneurie de Coatanlan-Kerjanégan ne semblent plus liés l’abbaye de Bégar.

3. Biens possédés par la seigneurie de Coatanlan-Kerjanegan41 :


    Dans la paroisse de Cavan :

    Dans la trève de Caouënnec :

    Dans la paroisse de Prat :

4. Coatanlan et Kerjanégan au XIXe siècle :


    La Révolution supprime nobles et seigneuries, Coat-an-Lan reste dans la commune de Cavan et Kerjanégan rejoint la commune de Caouënnec.

    Le cadastre napoléonien montre :


    Pour aller plus loin dans la description, il faudrait analyser les noms des parcelles à l’époque dans les matrices cadastrales, pour rechercher celles qui évoquent chapelle, moulin, colombier, four, patibulaire (justis) qui sont les attributs de toute seigneurie importante..


Annexe :

    Pour plus d'information sur le patronyme "de Treut", ou sur le domaine "de Kerjanégan",  vous pouvez aller sur le site de la noblesse bretonne : http://www.NoblesseBretonne.fr.st/

  1. Renseigner le champ "par personne" : "Le Treut"
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Notes : 

1 Y.Botrel « Les justices seigneuriales de l’évêché de Tréguier », 2002 p73

2 AD22 E1630

3 S.Ropartz « Guingamp_ Etudes pour servir à l’Histoire du Tiers-Etat » 1859 , t1, page 291 la qualifie de haute et appartenant au Président de Montluc (Louis-Charles ou Charles-Sévère Louis de la Bourdonnaye)

4 AD22 E930 la qualifie de moyenne vers 1640.

5 J.Lamare « Inventaire –Sommaire des archives départementale des Côtes du Nord antérieures à 1790 » E1630

6 H.Torchet « Réformation des Fouages évêché de Tréguier 1426 » 2003

7 AD22 E2167

8 AD22 E1591 s’appelait aussi Kernavalet, Carnavalet

9 AD22 E2548

10 AD22 E1992

11 AD22 E1992

12 AD22 E1591

13 AD22 E2548

14 Probablement Jean des Grigneaux évêque de Tréguier de 1505 à 1537, source R.Couffon eSocECdN 1930

15 AD22 E1630

16 AD22 E2548

17 Potier de Courcy “Nobiliaire et armorial de Bretagne” 1846

18 AD22 E965

19 AD22 E2548

20 Jean-Louis Deuffic « Forum du YahooGroup Noblesse Bretonne »

21 AD22 E1591

22 AD22 E1590

23 AD22E1659

24 AD22 E1591

25 AD22 E1590

26 AD22 E1659

27 AD22 E2350

28 AD22E1659

29 AD22 E930

30 AD22 E1630

31 Y.Botrel “Les Justices seigneuriales de l’évêché de Tréguier » 2002, p73

32 BMS de Cavan

33 BMS Lannion

34 Y.Botrel “Les Justices seigneuriales de l’évêché de Tréguier » 2002, p73 le dit décédé en 1776

35 BMS Lannion

36 Y.Botrel “Les Justices seigneuriales de l’évêché de Tréguier » 2002, p73

37 AD22 E1630

38 Bégar sans la lettre « d » rajoutée par les Révolutionnaires lors de la création de la commune de Bégard, H.Le Goff « Bégard_ le petit Citeaux de l’Armorique » 1980,

39 Cadastre 1826

40 H.Le Goff « Bégard_ le petit Citeaux de l’Armorique » 1980, p99

41 J.Lamare « Inventaire –Sommaire des archives départementale des Côtes du Nord antérieures à 1790 » E1631

42 Cadastre de Cavan de 1835

43 Cadastre de Caouënnec 1826

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